La belle affaire.

| Le fils de Dio |

Il fallait que j’aille à Barcelone pour mes subsides, sinon, on allait mourir de faim ici, on n’allait pas pouvoir vivre longtemps avec ce qui nous restait. Aucune conserve, David n’aimait pas faire provision de conserves. Aucun surgelé tout prêt, peut-être était-il contre le tout prêt. Juste de vieux artichauts desséchés, des tomates vertes et pourries et des pointes d’asperges cassantes et jaunies, le tout affalé au fond d’un grand plat rond où tournaient dés qu’on sortait l’ensemble du frigo, quelques fourmis mortes de froid mais vite revigorées et , n’oublions pas, quatre vieux yaourts passés bien au-delà du goût bulgare.

Restait bien un tout petit morceau de jambon « pata negra » accroché au plafond mais valait mieux ne pas y toucher et le garder en cas de coup dur.

Aucune nouvelle des deux absents ou disparus et toujours impossible de joindre Trinidad. Je n’allais évidemment pas replonger pour voir la chaise qui ne m’apporterait rien de plus, vraisemblablement.

Appeler la police n’était pas non plus une solution pour le moment.

Quand j’arrivai devant la porte du directeur exécutif de la production, non loin de la Diagonal, une artère qui n’en finit pas de couper bizarrement la ville en deux sandwichs triangulés, il n’y avait plus de secrétaire, plus de secrétariat, plus beaucoup de meubles. Un planton-coursier-homme à tout faire que j’avais déjà vu, chauve et dégoulinant, vêtu de noir, gardant sa veste, passait et repassait, ahanait un peu, arc-bouté sur ses jambes courtes, chaussures bien cirées, crissantes sur le parquet, des cartons dans les bras et faisait mine de ne pas me voir bien que nous soyons seuls dans la salle étroite, longue, assez petite, qui précédait le bureau de mes espérances vaines.

Je lui demandai :

   –   Le Directeur est là ?

Il me regarda comme s’il avait brusquement découvert que j’étais cul de jatte manchot ou trisomique noir. Il hésita puis, ayant d’abord longuement soufflé dit :

   –   Ils sont partis au 41.

   –   ?

   –   De l’autre côté de la rue, un peu plus loin, finit-il par condescendre à expliquer.

Au 41, il n’y avait personne non plus, sauf une hôtesse entre deux âges, assez avenante, en tenue bleue layette, foulard blanc sur la tête, qui, de temps en temps, venait ranger deux ou trois dossiers sur des étagères presque nues, en soufflant elle aussi, mais elle sur la poussière et me dit d’attendre, me conduisant dans un local tout tapissé de blanc clinique, lui impeccable, donnant l’impression d’être capitonné; là je ne vis qu’un meuble et las d’attendre, je finis par m’y asseoir.

C’était un prie-Dieu. Il était trop bas et le dossier, normalement pour un prie-Dieu, puisque ce n’était pas un dossier, était assez haut; on y était assez mal. Je commençais à me demander non pas si je serais payé en chèque ou en liquide, mais si j’avais encore un job.

Encore n’imaginai-je pas en cet instant, c’était absolument impossible de l’imaginer, que j’allais trouver, très bientôt, en rentrant à la masure du Cap creux, un nouvel arrivant, et donc une nouvelle bouche à nourrir dans la retraite de David, celui que nous allions appeler le . . . . Fachinero do Arpoador.

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david domitien duquerroigt

Amoureux de la Catalogne où il s’est trouvé des ancêtres, david domitien duquerroigt (il tient aux minuscules ), y vit maintenant un peu retiré du monde. S’il a côtoyé une partie de sa vie, avant la chute du mur de Berlin, les attachés culturels us ou soviets, sans avoir autant qu’eux l’air d’un espion, c’est que à côté de ses poèmes et caché derrière les bureaux et la paperasse de ses représentations diplomatiques, il s’est donné pour tâche d’écrire pas à pas l’histoire compliquée de Dio Darko Brac, l’ami de longue date qui a mené jusqu’à sa disparition une vie d’agent très spécial de la délégation de la défense extérieure, détaché auprès de la section ne figurant sur aucun organigramme de la direction des affaires étrangères non élucidées.

La nouvelle histoire que ddd met en route après son blog ayant pour siège la gare de Perpignan sur le Nouvel Obs et son essai de raconter sa vie ou son ultramort sous la Maison Carrée de Nîmes, est celle , une fois couchés sur le papier ou les écrans numériques, ces épisodes aventureux , celle amicale et nostalgique de la rencontre avec le fils de Dio, un jeune homme tranquille.

Mais voici tout à coup que ddd (oubliant provisoirement le cap Creux) se retrouve à nouveau aux approches de la maison Carrée ou même dans son archi-dessous envahi par les eaux après être passé par le fond de son jardin . . .


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