Un coup de la cheminée anaglyphe ? (première et avant-dernière apparition)

| Le fils de Dio |

Vous allez voir qu’en maniement de langue française je m’améliore un peu et sors du bê . . ./ . . . que je dis ça), maintenant que j’ai un peu de temps devant moi, allongée, plâtrée, recousue que je suis, mais c’est pas forcément en clarté du récit que je vais y gagner, je vous avertis, ça s’est morcelé aussi là-bas, ou je ne sais où, peut-être là-haut ou au fond de mon ventre, ou partout, suis-je en miettes ? une sorte de rhizome en faille tectonique me parcourt en creux les os. Et malgré tout je sens que parfois il me prend des envies d’écrire pour raconter, rassembler – c’est contagieux ce machin-là, cette maladie des mille et une nuits (renouvelables si j’en crois les plus atteints) du TOC du clavier. . . . j’y viens, il faudrait entrer dans mon corps pour comprendre et ce ne sont pas ceux qui l’ont le plus pénétré qui comprendront le mieux mais ceux qui en me lisant sauront prendre ma place . . . et rassembler avec moi mes abatis; nous avions vu ou plutôt nous aurions dû voir  – ça devenait aussi cucul qu’ un pèlerinage à la Vierge (marcher sur les traces de Salvador et de Marcel) – un objet peut-être perdu qu’ils appelaient la cheminée anaglyphe que Marcel le fameux qui a consacré sa vie à ne pas faire grand chose, que de petits travaux dérisoires et de peu d’utilité dans le quotidien bien qu’ils soient faits de bric et de broc pris au tas des objets du plus platement banal tous les jours justement (oui, c’est bien de lui que nous allons ici encore reparler, lui ce maigre inventeur porteur de valise et coureur et attrapeur de fortunes, qui se débrouilla si bien, Marcel le fumeux fumiste revendiqué comme tel (difficile de faire mieux, plus réaliste voire hyper) avec des pelles ou de vieilles portes un peu délabrées auxquelles il n’avait presque rien modifié que . . . oui oui,  les vrais pauvres mecs chargés de déneiger ou de mettre propre devant le trottoir des expositions les utilisèrent sans ironie aucune, en toute sincérité naïve,  pour leur travail ou se chargèrent en toute innocence, à l’intérieur des salles de présentation mondaine, de les repeindre et les remettre à neuf), . . .

. . . cheminée qu’il n’avait pas achetée en kit pour une fois mais fait construire par un vrai maçon ami de Salvador, dans son petit appartement, celui qu’il louait chaque été à Cadaquès (et moi, voyez, moi, je ne dis pas Quédacas, Quescada ou Grand Dieu sait quelle ânerie du genre Scadaqué à la gnognotte et pas trop rigolote) juste avant de n’y plus jamais revenir et de disparaître. Ça . . . . cette dernière fois ce fut je crois l’été 1968 et ce fut comme qui dirait un testament de sa part pour nous qui habitions ou étions voisins de ce petit port perdu où effectivement une cheminée s’impose en hiver quand souffle sur nous, pauvres gens, la pénible Tramontane que soufflent, j’ai peine à le croire mais c’est vrai, ces salauds de Français. (Mais avec ce vent-là faut vraiment faire gaffe aux refoulements . . . )

Donc le fait est est que mauvaise indication ou disparition ou refus d’ouvrir la porte d’un propriétaire actuel jaloux, nous avions tourné dans les ruelles de Cadaquès et cru trouver l’appartement avec petite terrasse mais pas la foutue à la con anaglyphe cheminée que donc nous n’avions pu voir ou qui avait pur et simplement disparu.

J’étais un peu obnubilée, moi triplement idiote, bécasse sur talons échasses, par ce truc idiot vraiment niais, cette absence, ce manque, cette déconvenue.

Courir après les traces laissées par les morts c’est déjà pas sain. Surtout si ces morts n’ont pas arrêté de se foutre de nous de leur vivant, mais ne pas retrouver ces traces et se sentir frustré ou presque coupable, c’est vraiment tordu.

D’autant que Guillermo m’avait montré et remontré des reproductions du dessin fait en septembre-octobre 1968 et qui est dans la collection Ronny Van de Velde à Anvers. Un truc banal des plus banaux. Une cheminée de coin de salon dessinée galbée pointue en quart de cône à peine tronqué en haut, une foutue cheminée comme n’importe qui aurait pu à toute allure en dessiner une, mais voilà c’était Marcel et fallait que ça chauffe et que ça ronfle et que ça troue, alors voilà elle était dessinée en deux couleurs pour qu’avec les lunettes correspondantes on n’y voit pas que du feu mais des rondeurs, des reliefs, des galbes, des quart de cônes, en bleu et rouge des plus banals – peut-être ce faignant de Marcel avait pris juste un putain de simple gros gros crayon de couleur coupé et collé en deux pour les gosses qui savent à peine dessiner et souligner, d’un côté rouge / d’un côté bleu, pour la faire galber à nos yeux éblouis, cette foutue cheminée qu’il y avait pas moyen d’avoir vue en vrai et qu’il aurait fallu voir avec des lunettes que de toutes façons on n’avait pas sur son foutu dessin bâclé expédié qui maintenant était devenu plus culte qu’une cheminée à salamandre de nos princes d’antan.

Bref j’étais conditionnée sans doute et j’en oubliais tout.

L’obsession c’est pas que sexuelle vous voyez, car . . . on peut avoir le feu où on veut.

J’étais pas non plus amoureuse de Guillermo qui avait sans doute été un salaud dans sa vie antérieure et qui ne m’aimait pas disait-il, juste il me trouvait géniale et moi triple conne, je cherchais avec lui les cheminées cônes qui n’existaient plus, je marchais, je courais. Fadaises ! Je descendais les marches pour lui, même dans les falaises à pic. Ça aurait pu tomber bien . . .

Pourtant . . .

Je dois le reconnaître.

En fait c’était moi qui avais inventé ce truc de descendre les marches avant de connaître les grands travaux de Marcel qui auraient pu tomber à pic. J’allais pas me plaindre maintenant et j’étais même heureuse, malgré le froid relatif de descendre à poil ce foutu escalier taillé dans le roc à pic. D’autant que . . . et ça c’était pas Guillermo c’était moi, j’avais vu un film, un vieux film qui se rapportait à ma période pieuse (oui je l’avoue, j’ai prié pour devenir une vedette descendant un jour les escaliers) de Trinidad, avant que je sois propulsée en triple snobe salope de Pénélope.

Mon modèle c’était un film incroyable avec Rita Hayworth en vedette époustouflante.

Ça s’appelait je crois l’Affaire Trinidad. Ou un truc dans le genre.

Voilà ce que j’aurais voulu devenir quand je suis tombée à la troisième marche et qu’au lieu de tomber tout de suite en chute verticale dans les flots, sans parler de marcher sur l’eau j’ai rebondi sur les rochers qui m’ont cassé les os et maintenant le moral, juste avant de m’évanouir et de voir leur très imbécile chaise bleue au fond de l’eau, quasi d’ailleurs j’allais m’asseoir dessus à quatre ou cinq mètres de fond, non sans avoir, avant d’aboutir sur ce lit d’hôpital entre une mémé qui ronfle et radote en gueulant, elle est sourde comme un pot, et une moyennement jeune écolo-bio-plus-naturel-tu-meurs qui m’assomme de ses recettes de gingembre moulu après avoir été élevé sur la terrasse en pot et surtout pas passé au micro-ondes ni tronçonné ni frit.

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david domitien duquerroigt
Amoureux de la Catalogne où il s'est trouvé des ancêtres, david domitien duquerroigt (il tient aux minuscules ), y vit maintenant un peu retiré du monde. S'il a côtoyé une partie de sa vie, avant la chute du mur de Berlin, les attachés culturels us ou soviets, sans avoir autant qu'eux l'air d'un espion, c'est que à côté de ses poèmes et caché derrière les bureaux et la paperasse de ses représentations diplomatiques, il s'est donné pour tâche d'écrire pas à pas l'histoire compliquée de Dio Darko Brac, l'ami de longue date qui a mené jusqu'à sa disparition une vie d'agent très spécial de la délégation de la défense extérieure, détaché auprès de la section ne figurant sur aucun organigramme de la direction des affaires étrangères non élucidées.
La nouvelle histoire que ddd met en route après son blog ayant pour siège la gare de Perpignan sur le Nouvel Obs et son essai de raconter sa vie ou son ultramort sous la Maison Carrée de Nîmes, est celle , une fois couchés sur le papier ou les écrans numériques, ces épisodes aventureux , celle amicale et nostalgique de la rencontre avec le fils de Dio, un jeune homme tranquille.

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