Qui oserait illustrer ça ? Elle était bien là-haut reflétée à l’envers, tout en haut du cargo dans des parages où déjà . . . .

| Le fils de Dio |

. . . . s’étaient retrouvés cul par dessus tête, dans des aventures maintes fois évoquées mais toujours aussi invraisemblablement rocambolesques, Dio mon père et David son biographe officiel.

(David dont j’apprends un peu tard, au moment où j’écris qu’il est rentré, ou en passe de rentrer, mais je ne sais toujours pas si c’est avec ou sans mon père à propos duquel . . .  j’ai bien peur que . . . .).

Si elle était donc là-haut, nue, à me faire des signes – elle était non seulement nue mais soulevait ses hanches et me montrait son ventre, ce ventre que maintenant je connaissais mieux -, c’est qu’elle m’avait vu dans le plafond brillant formant miroir, reflétant lui-même le panneau d’acier contre lequel était accroché le canot de sauvetage, en « improbable » (je n’aime décidément pas ce mot galvaudé et rabâché, mais ici il convient assez) double reflet inversé de droite à gauche mais pas de haut en bas . . . expliquons-nous clairement : elle me voyait bien à l’endroit et je la voyais toujours comme si j’étais encore là-haut avec elle, sur le lit, à l’envers, mais simplement, son point de beauté au lieu d’apparaître sur le sein droit était sur le sein gauche par ailleurs exactement symétrique ce qui, j’imagine, importe assez peu au lecteur même le plus attentif, et encore moins si j’ajoute que ma balafre du côté gauche de l’arcade sourcilière et de la joue devait lui apparaître à elle qui me voyait sur son plafond de cabine éclairé, sans doute ne s’en apercevrait-elle même pas, de l’autre côté de ma tête.

Et moi j’étais là immobile, fumant mon cigarillo, en bas, à regarder . . .

L’air était tiède, la nuit clémente et il y avait peu, j’avais reçu en reprenant la route sous un soleil vigoureux à l’embarcadère maculé de graisses et de rouille du port de Dakar [où d’ailleurs j’avais eu bien du mal à passer la douane, malgré ma fausse carte de matelot de pont, faut dire la photo était impardonnablement floue et cela d’ailleurs heureusement, et mon laisser-passer valable seulement trois heures avait épuisé sa validité], un message de Trois Minutes, l’homme qui avait pris en charge vaillamment, après mon départ, le repère délabré de David presque au bout du bout du Cap creux, il me disait :

  •  Heureusement le Fachinero est resté avec moi, il est plein de ressources, j’ai bien fait d’insister pour le garder auprès de nous, il sait tout faire et même réparer le toit, il l’a calfaté comme une coque de bateau, ce qui n’est pas un luxe, vues les pluies et même les tempêtes qui s’abattent sur le coin de notre chaumière.
  • J’espère que vous allez bien et que vous allez bientôt retrouver vos parents en bon état. Faites-moi signe quand vous serez arrivé à bon port.   Signé : 3 ‘

Voilà donc où j’en étais dans ces parages mystérieux où Dio et David avaient vécu bien avant moi d’étranges épisodes de leur vie.

David avait failli s’y noyer. Il aimait le raconter peut-être pour rivaliser un peu en vie aventureuse avec mon père Dio Darko Brac qui, sur ce plan au moins, le dépassait de cent coudées et mille sabords.

Parti nager non loin pourtant d’un hôtel suisse qui venait d’être construit au sud de Ziguinchor, vers Kabrousse, il avait été déporté et emporté par un courant latéral qui l’aurait amené d’abord vers le large et ensuite vers Bissau, s’il n’avait pu s’accrocher à une sorte de plateau-récif, des rochers noirs émergeant à peine ou à fleur d’eau et qu’on voit très bien sur les cartes résultant de photos satellites, tout près de la frontière, et ensuite s’il n’avait été sauvé par des pêcheus Bijagos venus en pirogue en voyant ses signes de détresse, de loin.

Mon père, Dio, avait eu, lui une aventure directement dans ces îles mystérieuses qu’on nomme Bijagos ou Bissagos.

Chaque fois qu’il était interrogé à ce propos, il restait évasif.

Ç’avait sans doute été une aventure avec une femme du pays, peut-être une de ces sorcières qu’on trouve là-bas, dit-on, dans ces sociétés restées animistes et matriarcales, en partie à l’écart des guerres coloniales et post-coloniales. En tout cas une femme  dont il ne voulait  rien dire.

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david domitien duquerroigt

Amoureux de la Catalogne où il s’est trouvé des ancêtres, david domitien duquerroigt (il tient aux minuscules ), y vit maintenant un peu retiré du monde. S’il a côtoyé une partie de sa vie, avant la chute du mur de Berlin, les attachés culturels us ou soviets, sans avoir autant qu’eux l’air d’un espion, c’est que à côté de ses poèmes et caché derrière les bureaux et la paperasse de ses représentations diplomatiques, il s’est donné pour tâche d’écrire pas à pas l’histoire compliquée de Dio Darko Brac, l’ami de longue date qui a mené jusqu’à sa disparition une vie d’agent très spécial de la délégation de la défense extérieure, détaché auprès de la section ne figurant sur aucun organigramme de la direction des affaires étrangères non élucidées.

La nouvelle histoire que ddd met en route après son blog ayant pour siège la gare de Perpignan sur le Nouvel Obs et son essai de raconter sa vie ou son ultramort sous la Maison Carrée de Nîmes, est celle , une fois couchés sur le papier ou les écrans numériques, ces épisodes aventureux , celle amicale et nostalgique de la rencontre avec le fils de Dio, un jeune homme tranquille.

Mais voici tout à coup que ddd (oubliant provisoirement le cap Creux) se retrouve à nouveau aux approches de la maison Carrée ou même dans son archi-dessous envahi par les eaux après être passé par le fond de son jardin . . .


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