Où le fils de Dio m’apprend qu’il fait du cinéma.

| Le fils de Dio |

C‘est curieux comme il a hésité à pousser plus loin. Avait-il une petite idée de la trajectoire réelle de son père ? De son destin bifurqué ?
De la vocation de son père, interrompue puis projetée en avant tout autrement par un portait fameux dont tout le monde savait qu’il avait disparu, ce portrait qui l’avait propulsé vers des activités moins éclatantes, vers des activités secrètes, comme on dit ? Oui bien sûr Dio avait continué à peindre.
Mais aux yeux de ceux qui l’avaient engagé, c’était une couverture.
Et, ça tombait bien pour son boulot qui exige qu’on efface les traces, une majeure partie de ceux qu’il avait gardés, de ses tableaux et dessins, signés, datés, localisés aussi souvent, des portraits qu’il appelait « de circonstance », invendus ou conservés parce qu’il y travaillait, avaient disparu en fumée lors de l’incendie de son appartement parisien. Un incendie sans doute criminel.
Quant-aux autres, à vrai dire un petit nombre, ils avaient été enfouis dans des collections introuvables. Personne n’en avait plus la trace. Qui savait, qui se souciait aujourd’hui de ces commanditaires-là ? Ceux qui avaient payé pour se voir caricaturés, déformés, passés au travail de ce portrait(ur)iste peu flatteur, préoccupé plus de ses recherches que du contentement du client-modèle. Il aurait pu au moins me demander si je savais qui était le refroidi allongé au bic, en bleu sombre sur bleu clair en quelques traits, de tout son long, sur le paquet de cigarettes, pieds nus devant, en gros plan bouchant le champ sauf une échancrure, par où passait une tête arrondie triangulée, réduite, maigre soleil desséché, coincée à l’horizon, encadrée par les orteils écartés, à l’autre bout du lit, narines largement ouvertes au-dessus des hauteurs de la barbe piquetée sur le large menton pointé.
Il aurait pu me demander ce que son père faisait à Cayenne. Il aurait pu mais n’eut pas trop envie de savoir.
Peut-être avait-il su déjà l’essentiel.

Curieusement, encore, lui presque muet depuis quelques heures, se mit à parler.
Il était venu à Barcelone pour faire du cinéma.
Il avait déjà fait de la photographie et du théâtre.
Le dessin il ne savait pas.
Il avait envie de faire un film ici.
Ça lui bottait dur ce paysage et ma baraque aussi.
Il avait appris le cinéma à l’école de la Havane, une école internationale de cinéma de grand renom, m’expliqua-t-il, fondée par Garcia Marquez.

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