Le problème pour continuer ce récit c’est que je suis mort et enterré.

| Au fond de mon jardin, la borne |

Çà devait arriver diront les prévoyants planificateurs qui planaient au-dessus de cette histoire mortifère et à dormir debout.

Et ya pas vraiment de quoi rire.

Même pour moi qui me vois là, planté là, debout, gisant droit, piquet, soliveau enterré, desséché, racorni, parcheminé et embaumé en momie au fond de mon jardin, aussi sec qu’un gisant péruvien mais pas fœtal, droit, raide comme le lançon de Chavin et en guerre contre tant de forces et tant de pentes naturelles, tel que j’aurais pu l’imaginer et d’ailleurs tel que je ne m’en suis nullement privé. Vous direz, normal, vu son âge et le fait qu’il s’était payé le luxe dans son histoire de descendre encore plusieurs crans d’âge profond, quatrième, cinquième et on ne compte plus avec cette chaleur, à Nîmes en plus, championne de France des moiteurs sèches et tantôt inondées, pire que Rio sur canal de la Fontaine ou bientôt pire que Kinshasa sur fleuve Congo, mais pour l’instant, 10 % d’humidité à peine, c’est plutôt le Tchad . . . et avec un sport de combat à mort (il le disait pas mais on le sentait bien venir, ce combat fatal), l’aire de match gagnée par couloirs souterrains, passage, tube, tuyau  obscur et débouchant sur les arènes inondées, comment voulez-vous que cela bien se passât, fallait bien qu’il arrive à ça pour nous, un discours de profundis.

Voilà il a défié les dieux du stade et ceux des cieux et du plus grand creux, dieux maîtres de l’obscur du fin fond des catacombes surpeuplées, cet inconscient.

ALORS ?

Faudra-t-il vraiment que je continue après avoir traversé jusqu’à l’autre rive, après avoir traversé le Léthé ? . . . Ce fleuve de l’oubli et des enfers, dont le nom même veut dire oubli, dans lequel je me suis réellement baigné vraiment vraiment . . . d’ailleurs ? Par une nuit terrible de chaleur.

Juste avant qu’il s’engouffre, ce fleuve, dans ces grottes qui font que les anciens Grecs étaient sûrs qu’il rejoignait ainsi les bouches infernales; il faisait si chaud, quelle température ? je ne sais, c’était une époque où on ne la mesurait pas à chaque seconde, et le bus s’est arrêté à notre demande, les autres nous prenaient, muets, stupéfaits, pour des fous, ce que nous étions, nous étions au fond du bus, il a fallu du temps avant de nous laisser passer, sortir dans le poudroiement du jour finissant; il y avait un reste de coucher de soleil sur la plaine caillouteuse, nous avons marché bruyamment sur le gravier puis plongé en même temps que le soleil. et l’eau était sombre puis noire avec assez de courant, des zébrures en tresse à la surface, nous avons presque joué à nous faire peur, les trois fous que nous étions, l’un de ces copains d’alors, je l’ai perdu de vue, il avait un nom typiquement celte-ibère . . . où est-il aujourd’hui ? et l’autre que je sache a été longtemps, plusieurs fois champion réitéré d’un très célèbre jeu de questions de l’époque . . . rien d’étonnant, les Grecs « modernes » disaient encore que se baigner dans le Léthé avant qu’il ne plonge dans les Enfers, avant bien sûr, c’est capital de ne pas attendre l’entrée ! donnait une mémoire inextinguible, ineffaçable, qui donc interdisait la renaissance, quelle foutue renaissance et où ? je vous demande, mais voilà nous l’avons fait.

Oui oui, insouciance de la jeunesse, j’avais à peine vingt ans et pour fêter le concours auquel nous avions été reçus, vaillamment, qui assurait, pensions-nous un avenir, à nous et à d’autres, plein d’autres, et nous donnait déjà, pour le moins, une solde modeste de petit fonctionnaire en tant qu’étudiants rémunérés, privilège, nous avions à quelques uns organisé à moindres frais, en dormant à la belle étoile et en mangeant des tomates et du pain, beaucoup de pain, j’a toujours mangé beaucoup de pain, parfois des brochettes et surtout du yaourt acheté pas cher en gros pots de carton limite périmés pour un goût trop délicat mais que nous avalions affamés, goulument, et nous avons en plein mois d’août et de canicule, avec aussi quelques tremblements du sol, traversé une partie de l’Italie et de la Yougoslavie et surtout parcouru la Grèce de lieu mythique en lieu mythique, des lieux souvent déserts à l’époque.

Bon, mais c’est pas tout ça je m’égare du côté de Mégare.

donc j’y viens . . .  (à suivre)

Oui, voilà, j’y viens, je suis debout au fond de mon champ, planté comme un poteau, enfoncé jusqu’au cou, des individus chapeautés, en shorts et T-shirts aux couleurs fanées dégagent avec précaution, à la pelle et au pinceau pour finir, mon corps raide et pétrifié, couvert de terre pulvérulente, m’extrayant peu à peu de cette terre parsemée de cailloux et au niveau du bassin, d’une base de roc formant trou étroit.

Mais ce n’est pas moi, rassurez-vous, je me vois de l’extérieur, âme désincarnée ? pur esprit ? hors de cette tombe et de ce trou (après le combat qui eut lieu aux arènes ? enterré comme combattant du spectacle ? allez-y voir . . . je ne sais pas et vais essayer de comprendre.

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