Le miroir de David #13

| Le miroir de David |

Je suis un leurre.

Comme nager dans un océan d’acide.

Ce sentiment d’insécurité, depuis que j’ai visionné les vidéos de Chang se faisant mettre, remettre, contremettre, entremettre, surmettre… Rien à voir avec le cul. Je m’en fous des petits plaisirs de Chang. Non, au hasard des dizaines d’heures de crispation ridicule de sa face au moment de l’éjaculation, des bribes d’information, des choses qui échappent, et quelques conversations téléphoniques. Premier réflexe, ne pas croire ce qu’on voit, ce qu’on entend. Quoi ? Les pénétrations ? Non, les paroles d’un mec qui ne peut pas ignorer qu’il est enregistré… Mais, l’humain est ce qu’il est. Tous les humains disent toujours ce qu’ils sont, et rien d’autre. C’est irrépressible. Même les menteurs disent qu’ils sont le mensonge.

Et depuis, ce sentiment d’insécurité. Je déteste ça ! Cette sensation crispante qui te rend tout inconfortable ! Je déteste ça !

S’ébrouer. En vain. Se cacher. Trop tard. S’évader. Encore ?

Partir dans la montagne… Cette pulsion.

Mais, en attendant de céder à ma folklorique folie, maintenant je sais. Je m’en doutais par pure parano, mais maintenant je sais : je suis un leurre.

Je suis venu jusque-là, pensais-je, pour des raisons très personnelles… Que j’évite de vous raconter en tergiversant… Mais lentement, la paranoïa cherche à s’accrocher aux aspérités du réel, et tranquillement, elle se fonde, se structure, se donne des apparences, et finit par s’imposer. Il y avait quelque chose de trouble dans l’enchaînement des événements qui m’avaient mené jusqu’ici. Quelque chose qui clochait…

Toute la nuit qui suivit, blanche, la scène se rejouait, rejouait, jusqu’à se déformer, et au matin, blanc, je ne savais plus si j’avais vraiment vu où juste imaginé le subreptice regard vers l’une des caméras cachées à l’instant même, ou, dans son téléphone, Chang prononçait mon vrai nom…

 

Alain François on BloggerAlain François on InstagramAlain François on PinterestAlain François on TumblrAlain François on Twitter
Alain François
Alain François est né en 1965. Plasticien (DNSEP obtenu à l’EESI en1992), il va se consacrer une dizaine d’années à la peinture et aux micro-publications avant de passer quinze ans dans la communication institutionnelle. Parallèlement à cette carrière très sérieuse, il écrit. En particulier un blog intimiste, dont les années 2006 et 2007 ont été éditées aux éditions publie.net en 2011.
De 1999 à 2006, il va fonder et animer plusieurs sites internet collectifs, tels que bonobo.net (galerie en ligne), leportillon.com (collectif d’artistes), bonobocomix.com, un éphémère journal de Web-BD, mais aussi créer les premiers sites des éditions ego comme x et de l’An 2.
En 2006, il reprend ses études universitaires et obtient un Master recherche Arts numériques. Depuis, il publie des articles scientifiques dans le cadre du Laboratoire d’Histoire visuelle contemporaine de l’EHESS et scénarise deux projets de bande dessinée avec Elric Dufau et Marine Blandin.
En novembre 2012, Il commence un journal photographique en ligne, projet d’art social au long cours exclusivement réalisé avec un smartphone, qui constitue au fil du temps l’album de la communauté des auteurs de bande dessinée à Angoulême.

Laisser un commentaire