Juste avant de pénétrer dans l’arène, arrivé par le fond, par un tunnel obscur . . .

| Au fond de mon jardin, la borne |

. . . comme une bête au sacrifice, j’ai eu des visions et des sensations réelles – hors toute technologie sf  nécessitant un écran ou toute autre encore, trompeuse ou géniale . . . 

              [ . . . nous y reviendrons, il est possible cependant que ce ne soit pas tout à fait exact ce que j’ai cru d’abord, et que, allez savoir . . . une invention ultérieure d’Elric soit entrée en ligne de compte pour que ce prodige ait eu lieu dans des temps futurs que j’aurais, passant par d’incompréhensibles arcanes, perçus . . . , . . . . et que cette invention actuellement à venir ne soit pas étrangère au phénomène ] 

– il me semblait donc que – c’était bien dans . . . enfoncé au plus profond de mon crâne et dans ma chair et sous ma peau, en images non projetées hors de moi, scènes ayant lieu dans mon corps prenant, dans les canaux intimes irriguant cette masse mienne, surgis comme bulles ou caillots de mon sang, morceaux de ma vie propre, sept tableaux-flashs successifs, et projetés dans une succession si rapide qu’ils s’enchaînaient sans se fondre, détaillés et fourmillants de couleurs :

le premier concernait cette histoire déjà racontée ici même dans « Le Fils de Dio » (un titre qui peut-être ne vous dira rien) où il a été question assez longuement d’une chaise bleue,

vous vous souvenez ? oui tout communique et forcément . . . le lecteur de petites bribes sera un peu perdu sur ce coup-là.

. . . . cette histoire où Duchamp assis sur cette chaise à peu près au milieu de la promenade de la Croisette à Cannes venait d’y perdre une partie d’échec jouée contre Picabia , une partie dont l’enjeu était de savoir s’il allait ou pas épouser une femme dont il ne savait rien sauf qu’elle était très riche. Ça se passait plus ou moins à cette époque où Duchamp rédigeait ses notes pour l’inframince et s’entraînait comme amateur déjà très avancé pour aller jouer à Berlin dans un championnat ou du moins un tournoi de ce noble casse-tête auquel il consacrera de plus en plus de sa vie.

Le tableau et toute la scène me sont d’autant mieux restés gravés dans l’oeil, que j’y intervenais, moi ou plutôt sans doute celui qui écrit pour moi, à ma place exacte mais logé dans un autre moi, comme promeneur l’observant à quelque distance. Vers les années 30 où je n’étais pas né encore, je crois. On finirait par se demander des tas de choses . . .

La partie terminée il se redressa, se mit droit, sortit un canif à manche rouge de sa poche et s’accroupissant devant la chaise se mit en devoir d’y graver avec la rigoureuse précision dont il était capable, les lettres qui ont bien plus tard été érodées de barbelures par l’oxydation de l’eau où elle était plongée, assez loin de là, au bout du Cap creux, à quelques mètres de la pointe de cette sous-péninsule que constitue, avant Cadaquès, le Cap Norfeu, lopin de terre allongé dans la mer, un peu courbe et donc, son nom l’indique, dédié à Orphée, dans ce quasi pays où les Grecs ont laissé, en particulier sur le rivage, toutes sortes de noms de nymphes et de dieux.

Voilà pour le premier tableau, et pour l’instant je n’en sais guère plus que ce que je viens de vous dire.

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