J’ai trop longtemps hésité avant d’aller au bout de ce truc (le récit des Naumachies de Nîmes).

| Au fond de mon jardin, la borne |

Et là nous allons devoir nous passer d’images. Enfin, je crois. A moins que.

Maintenant le vent qui est une machine à soufflet de forge plutôt complexe, à coffre, à paliers successifs apoplectiques, à vitesses embrayées paroxystiques, parfois pourvues de phases de retournement et reprises poussives, souffle terriblement. Un vrai vent fou furieux du grand Nord septentrional extrême se déchaîne à fond. Un Mistral majuscule maudit qui par saccades coucherait presque les cyprès et qui apporte, en bouffées, des envies de repli au chaud des chaudières et des cheminées bruissantes d’étincelles aveuglant la nuit et léchant la peau de flammes. Mais aussi des sensations d’oreilles qui vont tomber en miettes après hachis, bourrage et barattage ou piquetage et accupunction.

Nous sommes avant les festivités de Noël

(( double parenthèse : car vous le savez ce feuilleton est directement écrit au fil des jours sur la peau surtatouée du petit dieu Marsam et pendant que vous lisez et que j’écrive ou pas, le temps s’écoule sec, décale, hachure, fractionne, joue des tours, mécaniquement inexorable ou noué en spirales retournées, nœud marin salé par les embruns, recouvert de moisissures ))

c’est la solitude retrouvée, une grande impression de vide, de silence gris badigeonnant le ciel et les murs après le départ des chaleureux amis. Oubli de leurs accents mi-argentin, mi anglo-allemand, vivants repartis, sub-équatoriens de l’autre côté du monde / occidental et des bourrasques de l’Atlantique / Sud,

eux :

Greta l’ironique et Charles le héros, grâce leur soit rendue de leur présence.

Du coup nous voilà, eux et nous, pas mal rajeunis. Ayant retrouvé nos âges canonique au moins en apparence, mais pas aussi mirifiquement momifiques et mathusalémiques qu’aux temps futurs où se sont déjà, déjà pour nous, passées les improbables et avérées naumachies de Nîmes.

Nous l’avons bien vu sur Skype ce matin quand nous avons parlé en liaison à peine tremblante et fissurée, pour eux c’est pareil, sont revenus à leur âge avancé normal, nous l’ont confirmé, oui tout s’est bien passé lors du retour, ont-ils dit, ont retrouvé un âge comme le nôtre, un âge ridé, ratatiné « normal » pour cet âge réel avancé, pas outrancier. Sauf que pour eux question climat c’est 22° à l’ombre sur leur terrasse à Montevideo et qu’ici on passe à la sorbetière ce qui est censé raffermir un peu la peau, au moins en surface.

Car ce fut un événement si horrible ce qui nous est arrivé . . . . qu’un moment j’ai cru devoir m’arrêter d’en parler, ne serait-ce que par respect pour Charles, et donc aussi pour Greta et donc pour nous tous.

Car, oui, car souvenez-vous, ça fait longtemps déjà, enfin, pas tellement, j’avais commencé à vous raconter, reprenons :

il faisait chaud, brûlant, sur les boulevards ombragés de micocouliers de la cité romaine des Antonin, gratifiée par Auguste de temples, remparts, amphithéâtre et cirque, qui est notre havre, notre retraite, et nous étions  tombés en dessous, sous l’asphalte des routes et des plaques de marbre des trottoirs, flottant et ramant hors du temps sur cette surface aquatique noire opaque aménagée en grand lac de circulation souterrain, une ou deux décades plus tard, ou plus encore, plus d’un quart de siècle, quand nous n’aurions pas dû être là à courir les rues et leurs dessous réaménagés, mais que nous y étions, plus vieux nettement, épuisés mais tenant debout, témoins et bientôt acteurs de ces temps futurs.

Vous vous souvenez, nous avions croisé cette statue d’empereur, comme suspendue au plafond invisible, lévitant, flottante, éclairée à peine de faux flambeaux incorporés, qui déclencha les cris des rameurs.

Ceux qui doivent mourir te saluent César !

C’était très étrange, incompréhensible, inepte d’en être là, tout cela;

tout aussitôt ou presque, nous prîmes à droite dans cette immensité obscure éclairée seulement par la course lumineuse des véhicules et mobiles divers et alors nous sentîmes sur nos têtes un fort courant d’air, puis bientôt vîmes, à ne pas y croire, une trouée assez grande, une trouée qui montait jusqu’au ciel mais n’éclairait pas. Le ciel était très bleu, très pur et encerclé d’une sorte de hublot géant. Ce hublot géant bâti en relief s’avérait en l’examinant être non seulement circulaire ou elliptique, mais élevé de deux ou trois étages constitués de voûtes faites, on aurait dit, en blocs de pierres.

Je me souviens même que j’avais à ce moment là pensé à mon vieux compaing Dio, Dio Darko Brac, espion émérite, ami de longue date et, de son premier métier, de sa formation de jeunesse, peintre en trompe l’œil et anamorphoses. 

Lui en tous cas, je pensais, aurait pu aimer ce plafond incroyable.

Un grand cercle très lumineux, ensoleillé, par où semblait arriver un courant d’air et qui pourtant n’éclairait en rien la nappe d’eau obscure en dessous et tout ce qui flottait sur elle. Donc forcément, un cercle peint là-haut au-dessus de nos têtes mais alors qu’est-ce qui l’éclairait ? Et d’où venait ce courant d’air ?

 

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david domitien duquerroigt

Amoureux de la Catalogne où il s’est trouvé des ancêtres, david domitien duquerroigt (il tient aux minuscules ), y vit maintenant un peu retiré du monde. S’il a côtoyé une partie de sa vie, avant la chute du mur de Berlin, les attachés culturels us ou soviets, sans avoir autant qu’eux l’air d’un espion, c’est que à côté de ses poèmes et caché derrière les bureaux et la paperasse de ses représentations diplomatiques, il s’est donné pour tâche d’écrire pas à pas l’histoire compliquée de Dio Darko Brac, l’ami de longue date qui a mené jusqu’à sa disparition une vie d’agent très spécial de la délégation de la défense extérieure, détaché auprès de la section ne figurant sur aucun organigramme de la direction des affaires étrangères non élucidées.

La nouvelle histoire que ddd met en route après son blog ayant pour siège la gare de Perpignan sur le Nouvel Obs et son essai de raconter sa vie ou son ultramort sous la Maison Carrée de Nîmes, est celle , une fois couchés sur le papier ou les écrans numériques, ces épisodes aventureux , celle amicale et nostalgique de la rencontre avec le fils de Dio, un jeune homme tranquille.

Mais voici tout à coup que ddd (oubliant provisoirement le cap Creux) se retrouve à nouveau aux approches de la maison Carrée ou même dans son archi-dessous envahi par les eaux après être passé par le fond de son jardin . . .


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