Il s’était finalement décidé a s’asseoir après avoir fait le tour de la pièce et avoir remarqué à haute voix que parmi tous ces peintres, graphistes, dessinateurs et barbouilleurs exposés sur mes murs de pierre brute, son père ne figurait pas.
Impulsion plutôt que calcul, je m’étais alors levé et fouillant mes archives, je lui avais dégoté mon seul témoignage et héritage possible en matière d’œuvre graphique complète laissée par son auguste père formé aux écoles des Beaux Arts de Zagreb et de Belgrade en 5 ou 6 ans d’études plus 3 ans de recherche sur l’art du portrait et sa déformation en perspective et plus de trente ans de carrière.
Il me crut encore moins quand il vit ce petit dessin crayonné au bic sur un paquet de cigarettes soigneusement déplié et quand je lui eus affirmé que ce gribouillis avait été fait, selon le propre témoignage de Dio qui me l’avait offert, lors d’un retour précipité à Paris, sur le comptoir d’un bar de Cayenne ; cela sembla lui ouvrir des vues insoupçonnées ou au contraire peut-être cela l’annihilait un peu.
D’autant que ce croquis ne remontait pas à Mathusalem. Je veux dire qu il datait d’une époque où on avait déjà commencé a encombrer le carton léger des paquets de multiples photos de poumons charbonneux et rongés, de discours dissuasifs et du fameux

F U M E R
T U E

et qu’il restait très peu de place, au milieu de ce fatras envahissant et cauchemardesque pour un dessin bien torché sans parler de savant et exactement calculé.

D’autant qu’il savait que son père ne fumait que de petits cigares de la Havane.
D’autant que le petit bonhomme allongé et représenté en perspective ultra-raccourcie et vue en partant des pieds surdimensionnés n’avait rien de rigolo.
Le dessin était succin mais ne laissait aucun doute : ça représentait dans une tradition iconique éprouvée et même un peu rebattu depuis quelques siècle, un gisant.

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